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texte
de pochette |
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| Où
aller ? Finalement peu importe... Faux enjeu... Partir, voilà,
partir... y aller ! Condition préalable, sine qua non,
sinon rien ne se passe, n'arrive, n'advient. Se mettre en route,
en mouvement, pour que ça (se) passe, précisément.
Alors, à peine engagé sur le chemin, surgit, massive,
la question, la seule valable : comment y aller ? Ça,
c'est une autre histoire, la vraie grande affaire. Deux écoles.
Deux façons de marcher.
Pas
à pas. Petits. Prudents. Précis. Comptés. Construire,
bâtir, stop. Faire le point. Réviser. Gommer. Refaire
ses plans. Puis se remettre en route. A chaque fois domestiquer
l'espace, toujours un peu plus, le quadriller, le discipliner, en
carte d'état-major... Le faire sien. En parcelles. Propres.
Nettes... Elever des statues, des églises, des murs d'enceinte,
des forteresses, des monuments, des cimetières... Construire,
bâtir... Planter son drapeau... S'étendre... S'installer...
Faire uvre.
Ou
alors, fuir. A grandes foulées souples en bottes à
semelles de vent de sept lieues... En quête d'horizons. Pas
de mise au point. Sauf à l'infini. Ne pas s'assurer. Partir.
D'un trait. D'un geste. Continu, fluide, d'un seul et même
mouvement. Poursuivre sa ligne d'horizon, de fuite, de vie.
Des lignes. Droites, tendues, lancées. Cassées, brisées
précipice, nids d'aigles. Amoureuses, enlacées...
A l'avant-garde de soi-même, toujours dans le pas à
venir... Ne pas revenir... Ne pas réviser. Ne pas retoucher.
Continuer. Fuir, non pas pour se perdre et s'oublier.. Mais pour
s'oublier et retrouver... Quoi ? L'Eternité, la mer, le soleil...
Devenir,
en somme, l'espace que l'on parcourt plutôt que le conquérir...
Ne pas s'abstraire pour dominer... Au contraire. Epouser les méandres,
les reliefs, les dénivelés et accidents des sols et
textures que l'on explore... Devenir l'espace, devenir le temps,
devenir mouvement... Devenir matière. Brute. Flux moléculaire.
Deux
écoles donc. La première en bonne place dans les livres
d'histoire qu'elle a inventés. L'autre, anonyme, par nature.
Et
c'est chaque fois la même chose, lorsqu'ils décident,
ensemble, d'explorer leurs propriétés, Daunik
Lazro et Carlos Zingaro passent immanquablement par ce constat préalable
de leur fondamentale dépossession. Nus, vides, désaffectés
rien d'autre ne leur appartient en propre que leur trajet,
cette errance orientée; la grâce spontanée du
geste qui les mène toujours plus loin d'eux-mêmes,
pures flèches vers le soleil. Nomades, simplement parce qu'ils
n'ont pas où se poser, simplement parce qu'à s'obstiner
à creuser le mystère de linstant, à en
dilater la syncope essentielle aux dimensions d'un monde à
l'expansion infinie, ils redécouvrent sans cesse l'espace
intime de leur inscription, les steppes immenses des hauts plateaux,
balayées par le vent ce Vide, qui les remet inlassablement
en route en s'inventant au fur et à mesure qu'il accueille
et efface leurs empreintes, ces lettres anonymes, paraphe éphémère
de leur passage au monde...
Stéphane
Ollivier
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liner
notes |
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| Two
players. Two instruments. Should be an easy-to-hear equation. But
this music grows exponentially, and rather elusively, as it strives
for Haut Plateaux. Each new cluster of sounds from saxophone
and violin finds a common foothold for a brief spell, as if to catch
its breath, then presses onward and upward to where the atmosphere
thins and the familiar becomes something strange, unexpected, transformed.
Seasoned
composer-improvisers Daunik Lazro and Carlos Zingaro
sustain a protean momentum while scaling the altitudinal extremes,
from Gravir la montagne to driving Flèches vers
le soleil. Not unlike the uncanny horn-string duets of papa
Joe and son Mat Maneri, Lazro and Zingaro interweave
the timbre of their instruments with a facility that sometimes renders
them indistinguishable from one another. This may prompt finicky
listeners to beg for a visual aid, a simple latchkey to at least
unlock the sources of the sounds. But the only way into this rarefied
aural space is with open ears and focus full-on. After all, avant-garde
music is supposed to engross by the very act of knocking the listener
off guard. But repeated earfuls also yield the kind of vivid experience
aficionados tend to demand. Of course, these players clearly understand
such fundamental tenets of the improvised modus.
A
native of Chantilly, France, Daunik Lazro first developed his voice
as a free-bop saxist with Saheb Sarbib in the early '70s. By the
next decade he was investigating less idiomatic forms of musicmaking
with masters like George Lewis and Irene Schweizer, and in the mid-'80s
founded a trio with Zingaro and bassist Jean Bolcato.
In recent years he has worked extensively with some of the most
inventive instrumentalists from both sides of the Atlantic, including
Joe McPhee, Dennis Charles, Paul Rogers, and the incomparable Evan
Parker.
Carlos
Zingaro has been integrating the discipline of his early
classical studies at the Lisbon Music Conservatory into sundry,
adventuresome combos since the late '60s. From 1975, he has been
at the forefront of new-music exploration, collaborating with the
likes of Derek Bailey, Peter Kowald, Barre Phillips, Evan Parker,
and Ned Rothenberg. He played with first-generation AACM alums Anthony
Braxton and Roscoe Mitchell at Woodstock's renowned Creative Music
Foundation in 1979, and has been involved in award-winning theatre,
film, and dance projects over the past two decades.
Given
the dynamic range of the duo's collective resume, it's no surprise
that Haut Plateaux resonates with a vibrancy of the topmost
order. Zingaro's endlessly morphing strings sounding like
a circular-breathing horn on Aires, a phantasmic orchestra
(via interactive software) on Flèches vers le soleil
slice through Lazro's often oblique but muscular thicket
with the force of a lightning bolt bursting from a clear, sunny
sky; as if music performed at such heights communes with the gods
themselves.
Sam
Prestianni
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chroniques |
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| La
rencontre entre le saxophoniste Daunik Lazro et le violoniste Carlos
Zingaro est magnifique. Elle a eu lieu au Grim, à Marseille
en 1995. On y découvre quatre improvisations des hauts plateaux,
où introduit par un Gravir la montagne, on se sent
d'office emporté par le monde créé, une sorte
de mont imaginaire où là musique remplacerait le visuel,
le sensitif, encore que l'energie sonore soit aussi matérielle
et qu’elle peut parfois vous toucher sensitivement. Comme
avec Doneda, ces gens-là sont les nouveaux aventuriers du
monde moderne. Leurs musiques, leurs gestes les entraînent
dans un autre espace, ils se perdent, ils communient avec leur instrument,
rentrent dans une sorte de transe qui les mènent toujours
à essayer, tenter, agir par le son, donner vie à la
pensée inconsciente qui se cache en nous, prendre conscience
de ce qui est intuitif et le matérialiser. Si la trace audio
vient témoigner de cet instant de musique, seule les personnes
ayant assisté à leur prestation ont pu découvrir
cette dimension sonore que Lazro et Zingaro ont mis en place dans
leur rencontre.
Le point fort de ces improvisations, c'est la manière dont
les deux nusiciens construisent leur édifice, pas à
pas, s’immobilisent pour un temps, un court instant d’éternité.
Tout se mélange, tout se rencontre, la contradiction, l'échange,
l'écoute. le combat, l'union ; tout arrive, tout peut encore
arriver, dans cet espace sonore ; juste une chose compte: se sentir
son et ne faire qu’un avec cette matière, avec le geste
qui l’accompagne et qui le détermine.
Si l'un est audidacte et l'autre non, la musique improvisée
les réunit sans aucun jugement technique, ni esthétique,
chacun devient l'égal de l'autre et offre une parrtie de
lui-même. L’auditeur n'a qu'une chose à faire
: écouter.
Julien Ottavi
l Fœtus
l Juin
1999
Ces musiques que l'on n'ose plus espérer, le label Potlatch
s'efforce de les "fixer", pour mieux les jeter noblement
au vent et les laisser courir autour de la Terre.
C'étaient
de très grands vents sur foutes faces de ce monde...
Topographie
(à l'instar de cette carte a l'échelle 1/1, inventée
par Borges pour recouvrir une contrée imaginaire) des mirages
et miracles aérophoniques, le disque de Laz - Zinga - Ro
est habite, et l'illustration "géologique" de la
pochette lévoque aussi, par une conscience "texturologique"
comme dirait cet aimable gredin de Dubuffet très
prégnante.
...
qui n 'avaient d'aire ni de gîte, qui navaient garde
ni mesure...
Filons
de sève minérale que Daunik, d'abord accroupi, en
extension ensuite, capte et remonte, baryton excavateur; drapeaux
de prière lus et battus par les brises, bourrasques de Carlos.
...
flairant la pourpre, le cilice, flairant l'ivoire et le tesson,
flairant le monde entier des choses...
Froissements
tectoniques sous l'horizon bruissant, les "electronics"
couples au violon de Zingaro inventent landes et vallées,
eaux virtuoses qui rejoignent les élancements et les fulgurances
de l'alto de Lazro, flèches et flammèches. L'élégance
de cette dérive psycho-acoustique (ressentie déjà
dans son fragile équilibre, lors de l'association avec Bolcato
et Papadimitriou pour Periferia In Situ 164) est doublée
ici par une intensité toute chtonienne et une liberté
multidirectionnelle de cheminement.
tout un siècle sébruitait dans la sécheresse
de sa paille, parmi d'étranges désinences : à
bout de cosses, de silique.s, à bout de choses frémissantes".
Ce
carnet de voyage de deux bardes conteurs garde les traces de cette
poésie essentielle qui se trouve en se faisant, de cet air
brûlant des hautes terres.
(Extraits
de Vents, Saint John Perse)
Guillaume
Tarche l ImproJazz
l Janvier
1999
A supposer, comme le fait implicitement Stéphane Ollivier
dans les notes de ce disque, que nous ayons tous rendez-vous au
même endroit avec la même chose, donc à fonder
l'art et la morale sur le réel et non sur l'idéal,
chacun ne se distingue que par la façon de dire, ou de cheminer.
La présente édition d'un concert enregistré
en février 1995 à Marseille (Cité de la Musique)
vient à point pour fixer l'entrecroisement bienheureux de
deux voix originales de la musique contemporaine improvisée.
Un parcours montagneux, aéré, ensoleillé, qui
ne supporte nul retour, n'admet pas la moindre retouche, et déploie
son espace-temps en même temps qu'il le découvre. Il
y avait ce jour-là du suspense, de l'audace, mais aussi une
complicité évidente, fondée sur de multiples
écoutes, L’irruption inespérée d'une
sonate en quatre mouvements, une musique dont la noblesse n'a d'égal
que la construction. Un tel bonheur n'est pas donné tous
les jours.
Philippe Méziat
l Jazz
Magazine
l Décembre
1998
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reviews |
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| The
Lazro/Zingaro duo has a full-bodied fruit y flavour with a hint
of oak. The two musicians synchronise their wine sipping, honing
their phrases to fit the saxophonists breath lengths, with shapely
silences in between. Both play their instruments pretty conventionally,
drawing on Iyrical and dramatic forms of expression. Zingaro's violin
has a voluptuous dark timbre, sounding at times more like a viola;
his use of electronics is ever subtle and takes a background position
in relation to the acoustic sound, yet is clear in intention. The
pitch shift effect doubling at the octave below drifts in and out,
beefing up the bottom end. Ï do not think he always escapes
the pitfalls of wanting to impress with his dazzling technique,
but there are times when it is stunning: acoustic octaves cascading
out of a passionate wild cadenza and ceding to Webernesque pointillism.
The two musicians work well together with bucketfuls of mutual respect,
and although it is recorded live in Marseilles in 1995, the sound
is consistently good and the music transfers brilliantly from gig
to living room.
Sylvia Hallett
l Resonance
l August
1999
Scratchy
and squeaky as much of this is, there's a sense of narrative thread
and attention to melody that make the four pieces on Hauts Plateaux
very approachable. Lazro's sanguine linearity reminds me of Joe
McPhee, and the pairing of a wind instrument with the violin gives
the disc that extra human dimension of breath. Gravir la montagne
has riveting moments, ths two men achieving a near orchestral fullness
of sound at points, so satisfying is their union. Zingaro's opening
sob on Aires over tris own interactive software, is breath
taking. Lazro enfers on baritone about a third of the way through
the track, for a low end numination that's punctuated by huge, tympani-like
explosions from the electronics. Later, after riding a repeated
plucked violin motif, his solos unaccompanied, with thick upper-register
blasts (almost Gato-like at one point) and multiphonics. The pieces
ends with bari and violin in heated dialogue, like an emphetamine
driven elderty couple who constantly talk over each other. The electronics
are very warm when used, enhancing and supporting the main instruments
as eithar a third voice, or, as on Flèches vers la soleil
a timbral distorsion of the violin. Headphones are recommended to
catch all the nuances on Ninhos da àguia, one of
the best avant duets I've heard in some time.
Larry
Nai
l Cadence
l March
1999
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